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Pinel DAHOUI
Santé

Paludisme : pourquoi les progrès s'essoufflent en Afrique de l'Ouest

Avec 1,8 % de la population mondiale, les huit pays de l'UEMOA concentrent 15 % des décès dus au paludisme. Après quinze ans de recul spectaculaire, la maladie ne baisse presque plus.

Pinel Baudelaire DAHOUI · 4 min de lecture
Sommaire
  1. 01Quinze ans de progrès spectaculaires
  2. 02Depuis 2015, le recul ralentit
  3. 03Des outils qui s'usent
  4. 04Ce qu'il faudrait faire
  5. 05Pour aller plus loin
L'essentiel
Entre 2000 et 2015, la mortalité due au paludisme a été divisée par deux dans l'UEMOA. Depuis, elle ne recule plus que lentement, et aucun pays n'est en voie d'atteindre les objectifs de l'OMS.

En 2024, le paludisme a causé 282 millions de cas et 610 000 décès dans le monde, selon l'Organisation mondiale de la santé. Les huit pays de l'Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) en portent une part disproportionnée : avec seulement 1,8 % de la population mondiale, ils concentrent 14,9 % des cas et 15,2 % des décès. Soit environ 42 millions de cas et 93 000 décès en une seule année.

Dans une nouvelle étude, j'ai analysé vingt-cinq ans de données de l'OMS pour comprendre où en est la lutte contre la maladie dans la région.

Quinze ans de progrès spectaculaires

Entre 2000 et 2015, la distribution massive de moustiquaires imprégnées d'insecticide, les tests de diagnostic rapide et les traitements à base d'artémisinine ont transformé la situation. Dans l'UEMOA, la mortalité due au paludisme a été divisée par deux (−53 %) et l'utilisation des moustiquaires imprégnées est passée d'environ 3 % à 55 % de la population exposée, en moyenne dans les huit pays.

Depuis 2015, le recul ralentit

Depuis 2015, la mortalité ne baisse plus que de 3,7 % par an, contre 4,8 % auparavant ; l'incidence, de 1,5 % par an contre 1,9 %. Dans l'Union, le ralentissement est donc réel mais modéré. À l'échelle de l'Afrique subsaharienne, le constat est plus net : l'incidence n'a presque plus baissé depuis 2015 (−1 % en neuf ans), et mes modèles de tendance ne permettent plus de la distinguer d'une stagnation.

Résultat : aucun des huit pays n'est en voie d'atteindre l'objectif fixé par l'OMS pour 2025, une baisse de 75 % par rapport à 2015. Le Sénégal fait figure d'exception positive (−47 % de cas depuis 2015), mais l'incidence a au contraire augmenté en Côte d'Ivoire (+11 %) et en Guinée-Bissau (+23 %). Le Niger reste parmi les pays les plus touchés.

Des outils qui s'usent

Pourquoi ce ralentissement ? Plusieurs explications se combinent sans que les données permettent de les départager, dont la résistance croissante des moustiques aux insecticides utilisés dans les moustiquaires classiques, confirmée dans 48 des 53 pays qui la surveillent. Mes estimations montrent que les moustiquaires vont de pair avec une mortalité plus faible, beaucoup moins avec un nombre de cas plus faible. Prudence toutefois : elles ont été distribuées en priorité là où le paludisme était le plus intense, ce qui brouille la comparaison.

La bonne nouvelle, c'est que de nouveaux outils existent. Un essai conduit au Bénin a montré que des moustiquaires associant un second insecticide protègent mieux dans les zones de résistance. La chimioprévention saisonnière des jeunes enfants et deux vaccins antipaludiques, désormais recommandés par l'OMS, complètent l'arsenal.

Ce qu'il faudrait faire

  • Achever le passage aux moustiquaires de nouvelle génération là où la résistance est établie.
  • Étendre la chimioprévention saisonnière et accélérer l'introduction des vaccins.
  • Mieux protéger les femmes enceintes : en moyenne, à peine plus d'une sur deux reçoit les trois doses du traitement préventif.
  • Cibler les zones où la mortalité reste la plus forte et celles où les cas augmentent.
  • Sécuriser le financement national et la qualité des données de surveillance.

Pour aller plus loin

L'étude complète (24 pages), avec la méthodologie, les graphiques par pays et les références scientifiques, est disponible sur la page de l'étude : Paludisme dans l'UEMOA : un recul qui s'essouffle. Le code source et les données sont transmis sur demande.

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Pinel Baudelaire DAHOUI

Data Scientist et chercheur en IA à Cotonou. J'aide les organisations à tirer parti de leurs données et je partage mes connaissances pour rendre la science accessible.

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